Rénovation urbaine et logement social

Rénovation urbaine et logement social

Barre HLM, Logement Social

Le logement social pour reconstruire après la guerre

Au sortir de la Seconde Guerre Mondiale, face aux besoins de reconstruction et à la très forte croissance démographique des villes, l’Etat, planificateur et puissant, débloqua, en direction des producteurs de logements, une Aide à la Pierre de nature à répondre à cette urgence.

Les terrains en périphérie des centres urbains, à la fois disponibles et peu coûteux, furent prioritairement investis pour réaliser des grandes opérations d’habitat social. Ces ensembles immobiliers de grande hauteur furent édifiés dans un temps très court. L’efficacité des procédés constructifs privilégièrent le confort et l’habitabilité des logements. Des formes bâties caractéristiques (tours, barres, plots, redents, etc…) furent édifiées dans un évitement certain des problématiques urbaines, repoussant à plus tard les difficultés à venir.

Le logement social, outil (malgré lui) de la ghettoïsation

C’est ainsi que ces formes construites ont été rendues aujourd’hui responsables des difficultés actuelles, sans que le lien entre les difficultés sociales rencontrées et ces formes bâties n’ait pu être établi, et sans un travail d’analyse des politiques publiques passées. Or, consécutivement au premier choc pétrolier, le redéploiement en 1977 des aides de l’Etat se fit en faveur de l’Aide à la Personne et au détriment de l’Aide à la Pierre.

Ce glissement eut des conséquences directes sur les centres urbains et plus encore sur leurs périphéries. En effet, la suite de l’histoire est connue :

    • La production de logement baissa très significativement.

 

    • Les centres anciens, qui à part quelques exceptions notables, n’avaient que peu profité de la dynamique d’après-guerre, car plus compliqués à traiter, assistèrent un peu plus à la dégradation de leur patrimoine, et à la paupérisation de leur population.

 

    • Mais c’est surtout en périphérie que la situation se dégrada le plus : on assista à une concentration rapide et sans précédents de populations pauvres voire très pauvres dans les grands ensembles de l’habitat social et au départ des classes moyennes présentes jusqu’alors.

 

Ce phénomène aboutit à ce que l’on a désigné comme la Crise des banlieues (échec de l’intégration des populations immigrées, confrontations entre communautarisme et république, religieux et laïque, violences urbaines, déficit de contrôle territorial et épanouissement des trafics, etc…).

Le logement social devenu cause nationale

Logements Ferrari

Au début du XXIème siècle, fut créée l’Agence Nationale pour la Rénovation Urbaine (ANRU) devenue une véritable Cause Nationale pour endiguer ce processus de décomposition sociale et sociétale. Son objectif était d’accompagner les projets urbains globaux en transformant les quartiers en profondeur, en créant des infrastructures et des espaces publics, en recréant de la mixité sociale dans l’habitat, tout autant que de la mixité des fonctions (commerces, activités économiques, culturelles et de loisirs). Ainsi une alternative à l’urbanisme autoritaire des trente glorieuses s’est mise en marche, avec pour perspective une ville idéale s’appuyant sur les principes de la mixité, du développement durable, de la gestion des déchets, de la qualité des espaces extérieurs et de la performance énergétique…

Elle privilégie des constructions de hauteur et d’échelle modestes, en évitant si possible trop de répétitivité des éléments d’architecture, ou plus largement tout ce qui pourrait renvoyer aux formes bâties existantes, au profit d’une certaine dérégulation esthétique, de nature à offrir une plus grande diversité des offres d’habitat, bien que génératrice de surcoûts pour les constructions… À la différence de ces constructions des années 60/80 qui privilégiaient surtout le confort et l’habitabilité en proposant des systèmes distributifs la plupart du temps à logements traversant, l’attention portée par les équipes en charge de la Rénovation Urbaine, s’attache davantage à l’aspect extérieur de ces constructions et à leur prolongement dans l’espace public.

Logement social Nemausus de Jean Nouvel

« Nemausus », logements sociaux de l’architecte Jean Nouvel

C’est plutôt l’idée de modifier radicalement les formes urbaines, de ré-urbaniser les quartiers tout autant que de « résidentialiser » les immeubles qui préside au renouvellement urbain de ces territoires trop longtemps délaissés. Bien-sûr, il semble judicieux de démolir pour permettre la création d’infrastructures, d’espaces publics, ainsi qu’une offre diversifiée d’habitat, mais pas de démolir de façon systématique, car ce qui est habitable doit être habité et, le cas échéant, réparé.

Car si le renouvellement de la forme urbaine participe du renouvellement urbain, il ne prend pas en compte les habitus et formes sociales existantes qu’il est tout aussi important de préserver et de réintégrer.

Ne pas faire table rase…

Pour cela, il convient, par les nouvelles constructions, de ne pas stigmatiser le bâti existant. Cela reviendrait en effet à stigmatiser du même coup ses habitants… Au contraire, les projets doivent renouer un dialogue avec cette architecture qui présente bien souvent plus de qualités que ce que l’on veut bien lui prêter (par comparaison avec la production actuelle de certains logements…)

En effet, la rationalité des modes constructifs, la netteté des formes et ordonnances, la simplicité des signes d’expression sont autant de qualités à réintégrer dans les projets à réaliser.

Car si la réussite du renouvellement urbain doit passer par une mixité sociale retrouvée, celle-ci ne pourra pas s’opérer sans que ces territoires lourdement impactés soient durablement pacifiés !

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